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Visitatio Sepulchri, le drame sacré des Borgia qui renaît chaque Samedi saint à Gandia

Chaque Samedi saint, la Colegiata de Santa María de Gandia accueille la Visitatio Sepulchri, un drame sacré chanté que la tradition attribue à saint François de Borgia et qui est resté interdit pendant 133 ans avant de remonter sur scène.

Gandia est connue pour sa plage, mais son centre historique abrite un trésor immatériel qui relie la ville à l’Europe de la Renaissance. La Visitatio Sepulchri est une représentation lyrico-liturgique de la Passion et de la Résurrection, considérée comme un jalon du théâtre et de la musique ancienne européenne. Si vous cherchez une raison culturelle de visiter la capitale de la Safor, c’est l’une des plus singulières — et tout autour d’elle se déploie un parcours complet sur l’héritage des Borgia que vous pouvez effectuer à tout moment de l’année.

Un drame né à la cour des Borgia

Même s’il existe des indices de dramatisations processionnelles antérieures, l’institutionnalisation de l’œuvre a été consignée le 4 août 1550 : ce jour-là, comme le rapporte le Libre I de Recorts, les capitulaires de la Colegiata se sont réunis avec François de Borgia, IVe duc de Gandia et futur préposé général de la Compagnie de Jésus, et sont convenus de donner une forme solennelle à la représentation. La paternité de la pièce a historiquement été attribuée au saint duc lui-même, noble doté d’une vaste culture humaniste et de remarquables talents musicaux.

L’œuvre a même survécu aux restrictions du concile de Trente concernant le théâtre au sein des temples, mais en 1865, l’archevêché de Valence en a décrété la suspension, prétextant que le bref papal original accordé par Alexandre VI — le pape Borgia —, présumé perdu dans l’incendie du monastère de Santa Clara en 1781, n’était pas localisé. Un silence de 133 ans s’est alors installé, jusqu’à ce qu’en 1998, le musicologue José María Vives Ramiro parachève la reconstruction textuelle, musicale et scénique de l’œuvre à partir des sources manuscrites conservées, parmi lesquelles l’acte de 1550, un cérémonial copié en 1697 et une transcription musicale de 1882.

Du silence de l’enterrement à l’Alleluja à sept voix

La représentation avait été conçue en deux journées, aujourd’hui réunies en une seule séance matinale, et son grand attrait réside dans le contraste entre les deux :

  • El Santo Entierro — un planctus ou complainte funèbre processionnelle à travers les rues du Centre Històric, aux mélodies monodiques d’origine grégorienne et dans un recueillement presque absolu.
  • La Resurrección — devant les portes et à l’intérieur de la Colegiata. Elle débute par le dialogue du Quem quaeritis (« Qui cherchez-vous au tombeau, chrétiennes ? ») entre l’ange et les trois Maries, puis la monodie éclate en une polyphonie renaissante à plusieurs voix — un fait exceptionnel dans le drame liturgique de l’époque — qui culmine dans un Alleluja à sept voix.

Le cortège conserve sa hiérarchie historique : il est ouvert par le prêtre ou capiscol, suivi d’enfants du chœur vêtus en anges, d’enfants jouant de la chalemie et des trois enfants du chœur qui incarnent les trois Maries. Une chapelle de ménestrels, avec des reproductions exactes d’instruments à vent anciens, double les voix du chœur sous les voûtes gothiques — une acoustique qui, à elle seule, mérite amplement de se lever tôt.

La partition a en outre fait preuve d’une vitalité surprenante : en 2010, le trompettiste et compositeur américain Michael Philip Mossman l’a réinterprétée dans une clé jazz aux côtés de musiciens valenciens de premier plan, dans un disque paru en vinyle qui transpose les mélodies de la Renaissance dans le langage du hard bop.

Quand et comment la voir

La Visitatio Sepulchri est jouée chaque Samedi saint à midi — à 12 h 30 lors des dernières éditions — dans la Colegiata de Santa María, avec un accès libre et gratuit jusqu’à épuisement des places. Il convient d’arriver à l’avance : c’est l’un des temps forts de la Semana Santa de Gandia, déclarée Fête d’intérêt touristique national en 2019, qui rassemble dix-huit confréries durant dix jours de processions et se clôture le Dimanche de Résurrection par l’Encuentro Glorioso devant le Palau Ducal.

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