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El Cant de la Sibil·la de Gandia : le drame médiéval qui annonce Noël

Chaque décembre, Gandia fait revivre l’un des rituels les plus anciens du Noël européen : el Cant de la Sibil·la, un drame liturgique médiéval qui annonce le Jugement dernier et la naissance du Christ, et que la ville vit dans deux cadres très différents — l’Insigne Colegiata de Santa María et l’Ermita de Santa Anna.

Si vous visitez Gandia pendant les fêtes de fin d’année, ce guide vous explique ce qu’est exactement ce chant millénaire, pourquoi la version de Gandia est l’une des plus soignées de la péninsule et comment assister à l’une ou l’autre de ses deux célébrations.

Qu’est-ce que el Cant de la Sibil·la

Dans l’Antiquité gréco-romaine, la Sibylle était une prophétesse inspirée par la divinité. Des auteurs chrétiens comme saint Augustin ont réinterprété ses prédictions apocalyptiques comme une annonce païenne de la seconde venue du Christ, et vers le Xe siècle, cette prophétie s’est transformée en chant : des compositions monodiques en latin insérées dans les matines du réveillon de Noël. À partir du XIIIe siècle, la couronne d’Aragon a traduit les vers dans les langues vulgaires — le catalan et le valencien — sur une mélodie grégorienne qui constitue aujourd’hui l’un des répertoires musicaux les plus anciens et les plus stables d’Europe.

Le concile de Trente (1545-1563) a interdit ce type de représentations dans les églises et le chant a disparu de presque toute l’Europe, ne survivant sans interruption qu’à Majorque et dans la ville sarde d’Alghero. En 2010, l’UNESCO a déclaré el Cant de la Sibil·la de Majorque patrimoine culturel immatériel de l’humanité, une reconnaissance qui a impulsé sa renaissance en terre valencienne. La version de Gandia est déclarée Bien immatériel de pertinence locale par la Generalitat Valenciana depuis 2013, un statut qu’elle partage avec la Visitatio Sepulchri de la Semaine sainte et le Tio de la Porra.

Deux façons de le vivre à Gandia

La ville propose deux expériences complémentaires du même rite :

  • La liturgie intime de l’Ermita de Santa Anna : restaurée en 1979 par le père Vicent Faus Beltran et les pères Piaristes, elle fait partie de la tradition de Noël du sanctuaire. Une voix d’enfant chante les vers monodiques dans la pénombre du temple, sur une version textuelle issue d’un bréviaire de la cathédrale de Valence de 1533 adaptée musicalement par Salvador Pla Faus. La date, l’horaire et les conditions d’accès doivent être confirmés lors de chaque édition.
  • La représentation monumentale de la Collégiale : depuis 2015, l’Insigne Colegiata de Santa María accueille, dans les jours qui précèdent Noël, une mise en scène coordonnée par le directeur artistique Juan Miguel Terrazas Samper qui rassemble plus d’une centaine d’artistes locaux, fruit d’une convention entre la mairie de Gandia et le chapitre collégial.

La représentation de la Collégiale : de la Dansa de la Mort à l’épée de la Sibil·la

Le spectacle de la Collégiale s’articule en deux parties qui répondent aux deux facettes de la prophétie. La première débute avec le Toc a Matines, la sonnerie manuelle des cloches, et aborde le Jugement dernier avec la mise en scène de la Dansa de la Mort, une danse d’origine bas-médiévale interprétée par le Ballet d’Alicia Montava de Cocentaina qui rappelle que la mort égale toutes les conditions, des rois aux paysans. Timbales et instruments à vent médiévaux accompagnent le récit dramatique.

La seconde partie laisse place à l’espoir avec la Processó dels Profetes, coordonnée par l’Escola de Teatre Serrano de Gandia, au cours de laquelle des personnages de l’Ancien Testament arpentent les nefs du temple. Le moment culminant survient lorsque la Sibil·la — une soprano professionnelle vêtue d’une tunique de soie, d’une coiffe et d’un manteau brodé — élève une grande épée à deux mains devant son visage : le symbole de la justice divine et de la rupture du temps terrestre face à l’éternité.

Le Cançoner de Gandia, un trésor musical de la Renaissance

Ce qui distingue musicalement la version de Gandia est l’utilisation du Cançoner de Gandia, un manuscrit du XVIe siècle lié à la cour du duc de Calabre à Valence et à la splendeur du duché des Borgia, considéré comme l’un des recueils de polyphonie sacrée les plus importants de la péninsule. Les strophes prophétiques sont chantées en monodie d’origine grégorienne, tandis que les refrains choraux déploient des polyphonies à quatre et cinq voix de compositeurs de la Renaissance comme Bartomeu Càrceres et le maître Alonso. L’enregistrement de référence a été réalisé en 1997 par Carles Magraner avec la Capella de Ministrers.

Sur scène, ce répertoire est porté par des chœurs et des ensembles venus de toute La Safor et des comarques voisines : du Cor Sant Blai de Potries à l’Ensemble de Ministrils Ciutat de Gandia — avec des répliques d’instruments anciens —, en passant par les Campaners de l’Alqueria de la Comtessa, chargés des sonneries de cloches.

Informations pratiques pour y assister

  • Colegiata de Santa María (Plaza de los Apóstoles, Centre Històric) : la représentation est annoncée dans la programmation de Noël de chaque édition. La date, l’horaire, l’ouverture des portes et la jauge peuvent varier, il convient donc de les confirmer avant de vous déplacer.
  • Billets pour la Collégiale : les modalités d’accès, l’éventuel don, ses destinataires et les points de vente sont communiqués à chaque programmation. Consultez le site web de la Collégiale pour connaître les conditions en vigueur.
  • Ermita de Santa Anna (sommet du mont Calvaire, Barrio de Santa Anna) : l’accès final est piéton. Confirmez à l’avance la date, l’horaire et les conditions d’accès de la célébration de Noël.

Consultez chaque mois de décembre la programmation de Noël mise à jour sur le site web de la Collégiale avant votre visite : les dates, les horaires et les conditions d’accès de chaque édition y sont publiés.

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