La cuisine de Gandia et de La Safor se comprend à travers trois paysages : la mer du Grau, les jardins maraîchers qui entourent la ville et les montagnes de l’arrière-pays. Entre eux se conserve un répertoire de ragoûts, de tapas, de coques et de douceurs qui mérite autant d’attention que les plats les plus célèbres de la côte.
Table des matières
Ce guide réunit dix plats typiques méconnus de Gandia et de La Safor, ainsi que les pâtisseries et les produits qui expliquent leur saveur. Tous ne figurent pas chaque jour à la carte : certains appartiennent au casse-croûte du matin (esmorzaret), d’autres demandent de longues cuissons et plusieurs suivent le calendrier des fêtes. Les demander, les réserver ou parcourir les villages de la comarque fait partie de la découverte.
Une cuisine entre mer, jardins maraîchers et montagne
Le Grau de Gandia apporte poissons, fruits de mer et petits poissons de roche pour les bouillons et les ragoûts. À quelques kilomètres, la plaine maraîchère fournit blettes, poivrons, courge, patate douce, agrumes et fruits secs. Vers l’intérieur, les journées froides appellent des marmites de blé, de légumineuses, de légumes et de charcuterie. Le lien entre ces paysages donne naissance à des recettes où se mêlent des ingrédients qui, à première vue, semblent appartenir à des mondes différents.
De nombreuses préparations survivent dans les foyers, les boucheries, les fours traditionnels et les bars de picaeta plutôt que dans les menus touristiques. Il est donc utile de les chercher sous leur nom valencien et de garder à l’esprit que chaque famille et chaque village possède sa propre version. En 2026, la route des tapas Destapa’t réunit le jeudi des bars et restaurants de Gandia, du Grau et de la Platja.
Dix plats typiques de Gandia et de La Safor à découvrir
1. Figatell, la bouchée emblématique de l’esmorzaret
Le figatell est une petite pièce de viande préparée avec du maigre, de la gorge et du foie de porc, assaisonnée d’épices et enveloppée dans de la crépine. Cuit à la plancha ou à la braise, il reste doré à l’extérieur et juteux à l’intérieur. Il est particulièrement représentatif de Gandia, d’Oliva et d’autres communes de la comarque.
On peut le déguster en tapa, dans un sandwich ou accompagné de légumes. Pour une première approche, il trouve naturellement sa place lors d’un esmorzaret valencien : pain, variantes au vinaigre, cacahuètes et boisson complètent un rituel que l’on savoure ici sans se presser.
2. Gamba amb bleda, la rencontre du marais et du potager
La gamba amb bleda associe de petites crevettes d’eau douce du marais d’Oliva-Pego à des blettes, de l’ail, du paprika doux et une pointe de piment. Il en résulte un ragoût savoureux et modeste, très lié à Oliva et Pego, où le suc des crevettes imprègne les légumes.
Elle sert également de farce pour des chaussons salés ou des coques de dacsa. Peu de recettes expriment aussi directement la proximité entre les zones humides, les cultures maraîchères et la cuisine marine du sud de La Safor.
3. Coques de dacsa, une galette simple aux multiples garnitures

Les coques de dacsa sont des galettes rondes préparées avec de la farine de maïs ébouillantée, de l’eau, de l’huile et du sel. Elles se servent chaudes et se mangent pliées, presque toujours garnies d’une préparation juteuse. Parmi les garnitures les plus courantes figurent l’esgarraet (poivron rouge rôti et morue salée), le thon à la tomate et à l’œuf dur ou la gamba amb bleda elle-même.
Elles sont typiques de Gandia, Ròtova et Oliva, même si la recette et l’épaisseur varient d’une maison à l’autre. Leur intérêt réside dans le contraste : une pâte souple et légèrement dorée qui recueille l’huile et la saveur de la garniture sans prendre le dessus.
4. Olleta de blat picat, le ragoût de l’arrière-pays
Dans l’olleta de blat picat, le blé concassé prend la place que d’autres ragoûts réservent au riz. Il mijote lentement avec des haricots blancs, des blettes ou des cardons, du navet, du panais, de la courge, de la pomme de terre et des morceaux de porc tels que travers, poitrine, boudin blanc (blanquet) ou boudin noir aux oignons (botifarra de ceba).
C’est un plat d’hiver, épais et réconfortant, lié aux villages de l’intérieur. Villalonga maintient vivante sa présence dans sa tradition gastronomique. Comme il demande du temps et ne figure pas toujours au menu du jour, le plus prudent est de le commander à l’avance ou d’en vérifier la disponibilité.
5. Bossa de polp, la spécialité patiente de Miramar
La bossa de polp est une préparation étroitement associée à Miramar. La tête du poulpe est farcie de riz, de tentacules hachés, de pignons de pin, d’ail, de persil et d’une pointe de cannelle. Elle cuit ensuite doucement avec des haricots blancs et des pommes de terre jusqu’à unir la saveur de la mer à la texture d’un plat mijoté.
Ce n’est ni une recette rapide ni un plat facile à trouver à l’improviste. C’est précisément pour cela qu’elle illustre bien la cuisine familiale de la comarque : sens de l’économie, patience et alliance d’ingrédients transmise de génération en génération.
6. Sang amb ceba, une tapa franche et traditionnelle
La sang amb ceba se prépare à partir de sang cuit coupé en dés et sauté avec une généreuse quantité d’oignons fondants. L’ail, le paprika doux et le thym complètent une tapa au goût prononcé qui appartient à la cuisine populaire de La Safor.
C’est l’un de ces plats qui partagent les avis avant la première bouchée et séduisent ensuite par leur texture et la douceur de l’oignon. On la trouve plus facilement dans les bars traditionnels et les tables familiales que dans les restaurants du bord de mer.
7. Pebres farcits, le riz cuit à l’intérieur du poivron
Les pebres farcits sont des poivrons farcis de riz, d’une sauce tomate mijotée et, selon la version, de viande hachée ou de thon salé. Les pignons de pin et une touche de cannelle apportent leur note la plus caractéristique. Ils cuisent lentement au four, souvent dans un plat en terre cuite, jusqu’à ce que le riz absorbe le jus du poivron.
La recette est partagée avec d’autres comarques centrales valenciennes tout en conservant une forte présence dans La Safor. Les boulangeries et fours traditionnels sont une bonne adresse pour en demander, surtout si l’on cherche des plats préparés à emporter.
8. Llandeta, cruet et suquet de peix
Sous les noms de llandeta, cruet ou suquet de peix se regroupent différents ragoûts de pêcheurs à base de poisson, pomme de terre, oignon, tomate et d’une pilée d’ail, d’amandes et de safran. La llandeta désigne le plat métallique ; le cruet renvoie à l’habitude de disposer les ingrédients à cru avant de lancer la cuisson.
Les espèces utilisées varient selon la pêche du jour et chaque foyer : cette souplesse reflète l’essence d’une cuisine née pour tirer parti du poisson disponible. Au Grau, demander le ragoût marin du jour permet parfois de découvrir une version locale qui ne figure pas sous ces noms exacts sur la carte.
9. Arròs amb fesols i naps, le riz des journées froides
L’arròs amb fesols i naps est un riz en bouillon ou moelleux préparé avec des haricots blancs, du navet — souvent du napicol —, des côtes de blette ou des cardons et différents morceaux de porc. La cuisson lente forme un bouillon dense avant l’ajout du riz en fin de préparation.
En plus d’être un plat familial d’hiver, il est cuisiné dans de grands chaudrons lors de fêtes populaires dans plusieurs comarques valenciennes. Dans La Safor, il conserve son esprit communautaire : c’est un plat qui s’apprécie encore mieux lorsque les températures baissent et que la table se partage.
10. Putxero de Gandia, deux services dans une seule marmite
Le putxero réunit pois chiches, bœuf, poule, os à moelle, pomme de terre et un large éventail de légumes : navet, panais, côtes de blette, carotte, patate douce et courge. La pilota de viande hachée ajoute un autre de ses éléments reconnaissables. Traditionnellement, on sert d’abord le bouillon avec du riz, puis les viandes, la pilota, les légumineuses et les légumes.
Sa longue cuisson explique qu’il ne soit pas proposé à tout moment. Lorsqu’il apparaît en plat du jour ou sur commande, il offre l’un des meilleurs panoramas du garde-manger local en un seul repas.
Douceurs de Gandia et de La Safor au fil du calendrier

La pâtisserie traditionnelle utilise des ingrédients que l’on retrouve aussi dans les plats salés : courge, patate douce, agrumes, amande, cacahuète et raisin muscat. Certaines douceurs se trouvent toute l’année ; d’autres sont étroitement liées à une fête, comme les fruits en massepain de la mocadorà de Sant Donís, offerts chaque 9 octobre.
- Arnadí : dessert de courge rôtie ou de patate douce, sucre, amande moulue, jaune d’œuf et cannelle, décoré d’amandes entières et de pignons de pin. Son origine est liée à Xàtiva, mais il est très ancré dans les comarques centrales, dont La Safor, pendant le Carême et la Semaine sainte.
- La Delicà de Gandia : création de l’Associació de Pastissers i Forners de Gandia inspirée d’une légende locale bien connue. Elle associe une pâte de panou à une crème d’amandes, des raisins secs, des noix, des agrumes et des amandes effilées, et se vend toute l’année dans les fournils agréés.
- Pastissets de moniato : petits chaussons sucrés garnis de confiture de patate douce parfumée à la cannelle et au citron. Ils sont particulièrement présents à Noël.
- Bunyols de carabassa : beignets de courge, farine et levure, frits et saupoudrés de sucre. Leur moment fort arrive avec les Fallas.
- Coca de llanda : gâteau moelleux du quotidien pour le petit-déjeuner ou le goûter, cuit sur une plaque métallique et parfumé au zeste de citron ou d’orange.
Le garde-manger qui donne sens aux recettes
L’orange façonne une grande partie du paysage agricole de La Safor et apporte jus ou zeste aux pâtes et aux garnitures. La courge et la patate douce franchissent la frontière entre cuisine salée et pâtisserie. La cacahuète intervient dans les spécialités de Noël, tandis que l’amande et les pignons de pin enrichissent aussi bien les ragoûts que les desserts.
Le raisin muscat relie la fin du repas à une tradition agricole de la comarque. L’escaldà, le procédé traditionnel d’ébouillantage qui transforme le raisin muscat en raisin sec, est reconnue comme Bien d’intérêt culturel immatériel (Bé d’Interés Cultural Immaterial). De la tradition du muscat proviennent aussi la mistela et d’autres vins doux qui accompagnent volontiers l’arnadí ou les pastissets.
Sur la côte, la criée du Grau aide à comprendre pourquoi les ragoûts évoluent selon la pêche disponible. Crevette rouge, seiche, poulpe, calmar, squille et poissons de roche composent un garde-manger marin qui alimente restaurants et poissonneries. Le site de Tourisme de Gandia permet de compléter la visite avec des informations actualisées sur la gastronomie et les ressources de la ville.
Quand chercher chaque spécialité
- Toute l’année : figatell, coques de dacsa, sang amb ceba, pebre farcit, La Delicà et coca de llanda se trouvent le plus régulièrement, même si l’offre varie selon les établissements.
- Automne et hiver : c’est la meilleure saison pour l’arròs amb fesols i naps, l’olleta de blat picat et le putxero, des plats chauds à cuisson lente.
- Carême et Semaine sainte : l’arnadí occupe le devant de la scène dans les fours et les pâtisseries.
- Fallas : les bunyols de carabassa investissent les rues, les casals et les stands spécialisés.
- Noël : reviennent les pastissets de moniato et d’autres douceurs à base d’amande, de cacahuète, de patate douce et de confiture de courge (cabello de ángel).
Les spécialités marines dépendent davantage de la pêche et de la cuisine du jour que d’une date précise. Au Grau, il convient de demander la llandeta, le cruet ou le suquet, tandis qu’Oliva et les abords du marais sont les repères naturels pour goûter la gamba amb bleda. Miramar perpétue la bossa de polp ; Ròtova et d’autres villages de la comarque entretiennent un lien étroit avec les coques de dacsa.
Un itinéraire gourmand pour goûter plusieurs saveurs
Une journée peut commencer par un esmorzaret dans le centre de Gandia autour d’un figatell à la plancha. À midi, le Grau permet de choisir un ragoût de poisson selon arrivage. Pour le goûter, un four traditionnel fait découvrir la coca de llanda ou La Delicà. Si le séjour coïncide avec les mois froids, il vaut la peine de réserver un plat mijoté en ville ou de gagner l’arrière-pays.
Pour aller plus loin, mieux vaut répartir la découverte entre Gandia et les villages voisins. La cuisine de la comarque s’étend sur la côte, le marais et les vallées intérieures plutôt que de se concentrer dans une seule rue. Vérifier les horaires et la disponibilité avant de se déplacer est particulièrement important pour les plats sur commande et les douceurs de saison.
Que commander pour commencer
Pour une première dégustation équilibrée, on peut associer figatell, coques de dacsa et gamba amb bleda à partager ; poursuivre avec une llandeta ou une olleta de blat picat en plat principal, selon la saison ; et terminer par La Delicà ou l’arnadí. Un seul parcours réunit ainsi la viande, le potager, la mer et la pâtisserie de La Safor.
Au-delà d’une liste fermée, ces plats sont une invitation à poser des questions. Chaque échange dans un fournil, une boucherie ou une table familiale peut révéler une variante maison, un autre nom ou une préparation cuisinée seulement quelques jours par an. C’est là que réside une grande partie du charme de la gastronomie méconnue de Gandia.
